Chaque année, les châteaux et domaines du Bordelais cherchent des centaines de vendangeurs et d’ouvriers viticoles. Une partie de ces salariés sont étrangers : étudiants, saisonniers qui reviennent d’une année sur l’autre, ou salariés recrutés à l’étranger. Pour l’exploitation, la règle est simple : chaque salarié doit avoir le droit de travailler en France le jour de sa prise de poste. Voici comment s’organiser pour la prochaine saison.
Qui peut vendanger légalement ?
Un salarié étranger peut travailler aux vendanges dans plusieurs situations :
Il a un titre qui l’autorise à travailler : carte de résident, titre « vie privée et familiale », carte salarié, etc. Il suffit alors de vérifier son titre avant l’embauche.
Il est étudiant étranger : il peut travailler dans la limite de 964 heures par an, sans autorisation de travail supplémentaire. C’est une solution d’appoint fréquente pour les vendanges.
Il est titulaire d’une carte « travailleur saisonnier » : cette carte, valable jusqu’à trois ans, lui permet de séjourner et de travailler en France six mois par an au maximum.
Il vit à l’étranger : l’employeur doit d’abord obtenir une autorisation de travail, puis le salarié demande un visa auprès du consulat.
Un salarié sans titre, ou avec un titre qui ne permet pas de travailler (par exemple certains visas de court séjour), ne peut pas être embauché, même pour quelques jours.
Le contrat vendanges
Le contrat vendanges est un contrat saisonnier spécifique au secteur agricole : il couvre les travaux de vendange, de la préparation au rangement du matériel, pour une durée d’un mois maximum. Un même salarié peut enchaîner plusieurs contrats vendanges, dans une limite de deux mois sur une année. Les règles de recrutement d’un salarié étranger s’appliquent de la même façon : le contrat ne dispense ni de titre de séjour ni d’autorisation de travail.
La carte « travailleur saisonnier » : faire revenir les mêmes équipes
Pour un exploitant, l’intérêt de la carte « travailleur saisonnier » est de pouvoir compter sur les mêmes salariés plusieurs années de suite. La carte est pluriannuelle (jusqu’à trois ans) mais le salarié ne peut rester en France que six mois par an au total, et il doit conserver sa résidence habituelle hors de France.
La première demande est la plus longue : autorisation de travail demandée par l’employeur, puis visa. Les saisons suivantes sont plus simples, à condition que le dossier initial soit solide. Notre page dédiée aux travailleurs saisonniers détaille la démarche.
Le calendrier à respecter pour les vendanges
En Gironde, les vendanges commencent généralement fin août pour les blancs et se poursuivent en septembre et octobre. Pour avoir une équipe au complet le premier jour :
Hiver – début du printemps : estimez vos besoins (nombre de coupeurs, de porteurs, d’ouvriers de chai) et identifiez les salariés à faire revenir.
Printemps : déposez les demandes d’autorisation de travail pour les salariés recrutés à l’étranger.
Été : visas, arrivée des salariés, organisation du logement si vous le prenez en charge.
Avant chaque embauche : vérifiez le titre de chaque salarié étranger auprès de la préfecture, au moins deux jours ouvrables avant la prise de poste.
Une demande déposée trop tard, c’est une vendange sans équipe : les délais d’instruction et de visa se comptent en semaines, parfois en mois.
Les risques en cas d’embauche irrégulière
Les contrôles sont fréquents pendant les vendanges, y compris chez les prestataires de services viticoles. Employer un étranger sans titre de travail expose l’exploitation à une amende administrative par salarié concerné et à des sanctions pénales. Le donneur d’ordre doit aussi s’assurer que ses prestataires emploient des salariés en règle : faire appel à une entreprise de prestation ne fait pas disparaître sa responsabilité.
Et vos ouvriers viticoles permanents ?
Certains ouvriers viticoles travaillent depuis plusieurs années sur l’exploitation sans titre adapté. Pour eux, une régularisation par le travail peut être envisagée, notamment lorsque leur métier figure sur la liste des métiers en tension de la région. Attention : la carte « métiers en tension » créée en 2024 n’est prévue que jusqu’au 31 décembre 2026, sauf prolongation. Chaque situation doit être analysée avant tout dépôt.
Exemple : un domaine de l’Entre-deux-Mers
Prenons un exemple type. Un domaine de 25 hectares emploie chaque automne une quinzaine de coupeurs et de porteurs, dont six salariés marocains qui reviennent depuis plusieurs années, deux étudiants étrangers inscrits à l’université de Bordeaux et un ouvrier viticole permanent présent en France depuis quatre ans sans titre adapté.
Les six saisonniers : la carte « travailleur saisonnier » pluriannuelle est la solution la plus simple. Le dossier est monté une fois ; les saisons suivantes demandent surtout de vérifier que la carte est toujours valable et que les six mois annuels ne sont pas dépassés.
Les deux étudiants : ils peuvent vendanger dans la limite de leurs 964 heures annuelles. L’exploitant vérifie leur titre et garde la trace des heures effectuées.
L’ouvrier permanent : sa situation relève d’une régularisation par le travail, à étudier rapidement compte tenu de l’échéance du 31 décembre 2026 pour la carte « métiers en tension ».
Trois salariés étrangers, trois démarches différentes : c’est pour cela qu’un diagnostic salarié par salarié est indispensable avant la saison.
Le logement des saisonniers
De nombreuses exploitations proposent un hébergement à leurs saisonniers, notamment lorsqu’ils viennent de l’étranger. Lorsque l’employeur loge ses salariés, l’hébergement doit respecter des normes minimales de surface, d’hygiène et de sécurité. Dans le dossier de demande, les conditions de logement prévues peuvent aussi être examinées : mieux vaut les préciser dès le départ.
Prestataires de services et groupements d’employeurs
Beaucoup de domaines confient une partie des travaux à des prestataires viticoles ou passent par un groupement d’employeurs. Ces solutions sont utiles, mais elles ne transfèrent pas tous les risques : le donneur d’ordre doit vérifier que son prestataire est en règle et qu’il emploie des salariés autorisés à travailler. En Gironde, les services de l’État rappellent régulièrement cette obligation de vigilance, et les contrôles pendant les vendanges sont fréquents.
La check-list de l’exploitant avant la saison
Liste des postes à pourvoir et dates prévisionnelles des vendanges.
Liste des salariés étrangers attendus, avec la nature et la date d’expiration de leur titre.
Demandes d’autorisation de travail déposées pour les salariés recrutés à l’étranger.
Contrats de travail prêts (contrat vendanges ou contrat saisonnier).
Logement organisé si vous le fournissez.
Vérification en ligne du titre de chaque salarié étranger avant sa prise de poste.
Déclarations préalables à l’embauche effectuées pour chaque salarié.
Questions fréquentes
Un saisonnier peut-il revenir chaque année avec la même carte ?
Oui, la carte « travailleur saisonnier » est pluriannuelle, jusqu’à trois ans. Le salarié doit respecter la limite de six mois de présence par an et conserver sa résidence hors de France.
Un touriste ou un visiteur peut-il faire les vendanges ?
Non. Un séjour touristique ne donne pas le droit de travailler. Sans titre ou autorisation de travail adaptés, l’embauche est irrégulière, même pour quelques jours.
Combien de temps faut-il pour faire venir un saisonnier de l’étranger ?
Il faut compter plusieurs semaines, voire plusieurs mois, entre la demande d’autorisation de travail et l’arrivée du salarié. Pour des vendanges fin août, les démarches doivent être lancées au printemps au plus tard.
Faut-il vérifier le titre d’un salarié qui revient chaque année ?
Oui, la vérification se fait à chaque embauche : un titre peut avoir expiré ou ne plus être valable.
Comment nous accompagnons les exploitations
Depuis notre agence de Bordeaux, nous accompagnons les châteaux, domaines, coopératives et prestataires viticoles de Gironde et de toute la Nouvelle-Aquitaine :
analyse de la situation de chaque salarié et du bon titre ;
préparation et dépôt des autorisations de travail ;
suivi des dossiers jusqu’à la décision, puis des renouvellements d’une saison à l’autre ;
accompagnement de la régularisation des salariés permanents.
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